DE
10.03.2010
Wanted Hamlet

Presse

Hamlet, du bordel au western

Marcel Cremer désacralise Shakespeare pour mieux dire son amour du grand Will. Farce tragique et concert chorégraphié. Fondateur d’Agora, seul théâtre de la Communauté germanophone, auteur et metteur en scène, Marcel Cremer compte parmi les grands artistes européens. Son passage à Avignon avec ses "Croisés" déjantés, joués aux Doms à quelques mètres à peine du Palais des Papes, n’est pas passé inaperçu et chacun de ses nouveaux spectacles est attendu avec impatience, angoisse et curiosité. Qu’aura-t-il encore inventé ? se demande-t-on, même si l’homme, avec le temps, s’est assagi et a cessé de tuer des animaux sur scène, un acte qui, voici vingt ans, fit scandale à Cologne.

Rien de tel aujourd’hui mais une vision toujours confrontante du théâtre, un Hamlet chorégraphié et conté à coups de guitare électrique et de chansons parfois d’une grande douceur dont l’inoubliable "Bang bang" du film "Kill Bill".

Adaptation très libre de la tragédie du célèbre dramaturge, "Wanted Hamlet" écrit et monté par Marcel Cremer se jouait pour la première fois en français fin novembre à la Balsamine dans le cadre du festival de Théâtre international jeunes publics Météores, même si le spectacle ne tournera pas dans le circuit scolaire contrairement à "Deux ennemis inséparables" ou "Le Cheval de Bleu", autres pièces de la compagnie qui firent les beaux jours des Rencontres jeune public.

On entre donc bien ici dans le registre du théâtre pour adultes accessible aux adolescents, lesquels semblaient dubitatifs face à un spectacle qui se veut parfois irritant et sort des sentiers battus. En revanche, il fera sans doute le bonheur des amateurs de théâtre fascinés par la beauté et la pureté de la mise en scène, par la qualité de l’interprétation des comédiens, chacun mis sur un pied d’égalité - avec une lumière particulière pour Matthias Weiland et Katja Wiefel remarquable au micro. La voix de soprano de Zoé Kovach ne laissera pas indifférent non plus et l’aisance avec laquelle les acteurs passent du geste au texte, de l’allemand au français ou à l’anglais démontre leur talent et leur polyvalence.

Du texte initial, Marcel Cremer ne garde que la quintessence et même le célèbre "To be or not to be" s’arrête juste avant le non moins célèbre "That’s the question" auquel le spectateur n’aura pas droit. Il savourera cependant la beauté de la langue de Shakespeare à travers de rares extraits choisis et comprendra l’actualité du drame d’Hamlet né pour venger son père grâce à un spectacle frontalier qui, sur fond de western, nous mène à l’Amérique d’aujourd’hui, assassinat de Kennedy et tours en feu à l’appui. Entre autres références aux guerres occidentales.

La pièce s’ouvre sur la naissance et l’enfance de Hamlet. Ambiance festive et carnavalesque durant une période décadente où les adultes masqués laissent libre cours aux joies et pulsions sexuelles. Où l’on devine aussi que le ton tournera bientôt au drame. Malgré la dominance blanche de la scénographie, la palette d’Ensor s’immisce dans cette première partie, créative mais parfois longue, de "Wanted Hamlet". La tension dramatique grandit ensuite et la force des images dans ce théâtre éminemment visuel contemporéanise l’œuvre dans sa forme.

Sans oublier les intéressantes mises en abyme dans un spectacle très écrit qui, non content de nous donner envie de (re)lire Shakespeare, ébranle les sens et séduit par l’extrême beauté et par l’originalité de sa mise en scène, même si certains puristes risquent de crier au scandale.
Laurence Bertels, La libre belgique - 02/12/2009

„Malgré sa charge de dérision, il possède, politiquement, une force explosive sans, toutefois, se vouloir parabole, mais spectacle vital secouant les barreaux de la compréhension théâtrale conventionnelle. Une expérience intrépide stylée que l'on doit avoir vue et qui offre une nouvelle fois à la "Studiobühne" (de Cologne) un coup au but esthétique.“
Thomas Linden, Kölnische Rundschau